
Ralentir et trahir
Explorer la marge
Sortir du système
Puisque le système est pourri
A défaut de pouvoir
Seule
Le changer entièrement
Choisir de le quitter
Consciemment
Mais à quel prix?
Je ne rentre de toute façon pas dans les cases
Toujours trop
Et
Jamais assez
Telle est ma malédiction
Dès lors, trahir
Par amour
Pour le Vivant
Mais qu’est-ce que cela implique?
Quitter les réseaux « sociaux »
Partir de Méta
Ce n’est pas se simplifier la vie
Dans l’état actuel des choses
Suis-je prête à la charge mentale supplémentaire que cela semble impliquer? Bien sûr, il y aura des choses en moins. Moins de sollicitations, d’invitations, de stimulations. Moins d’informations, aussi. Ma curiosité sera-t-elle rassasiée hors de ces systèmes?
Pour en connaitre les avantages et inconvénients, une seule possibilité: essayer.
Et se trier une balle dans le pied? A l’heure où je m’apprête à organiser une tournée hors des sentiers battus, comment communiquer en dehors de ces réseaux? Comment faire passer le mot?
Et la reconnaissance dans tout ça? Aaaah, la reconnaissance… Serait-ce là le noeud du problème? Bien sûr, j’ai envie qu’on parle de mon projet! Mais j’ai surtout envie que des gens viennent voir mon spectacle. J’aimerais que les histoires vivent. Les partager. Rencontrer un public, discuter, échanger. Confronter? Faire bouger les choses. Faire changer les choses.
Est-il nécessaire, pour cela, de sacrifier au grand Capital? De m’entêter à faire rentrer dans les trous ronds du système mes envies carrés, mes désirs triangles, mes créations polymorphes?
Alors quoi? Ça y est? Il est l’heure? L’heure de quitter Insta? De virer Facebook? Et de fait, de couper pas mal de liens, virtuels certes, mais pour autant tout à fait réels (parce que dans mon expérience, virtuel ne veut pas dire « pas réel »), avec des ami·e·s, connaissances mouvements, esthétiques, astuces, projets, informations qui comptent pour moi?
Sainte Patience, ne peux-tu me libérer de ce poids? De ce fardeau devenu tellement envahissant qu’il colonise mon quotidien et envahit mon processus créatif à ce point-là?
Au secours!
Où êtes-vous, mes ami·e·s?
Comment garder le contact dans ce monde dématérialisée?
On me répondra: enlève les réseaux mais abonne-toi aux newsletter, envoie des mails, soit pro-active! Mais j’ai peur de la surcharge de ma boite mail. A l’heure actuelle, je n’arrive déjà pas à y faire face. Je n’ose imaginer dans quel état je serais si je devais gérer plus.
Ecrire des lettres, de vraies lettres de papier, à envoyer dans des enveloppes, par la poste, avec des timbres? J’aimerais beaucoup. Mais concrètement, la seule amie avec laquelle je correspond ainsi attends mon prochain courrier depuis 2 ans, et j’ai honte…
Mon fonctionnement cérébral est complexe.
Il me semble avoir identifié chez moi un bon gros terrain sujet aux addictions. Et comme une de mes forces a toujours été d’écouter mon corps, je crois savoir pourquoi je n’ai jamais touché à l’alcool et aux drogues (sauf le sucre…). Mais on peut être addict à d’autres choses. Et je pense être addict à mon smartphone, même si je me réfrène…
Le constat est brutal et soulève beaucoup d’interrogations. Que faire maintenant?

Lancer des bouteilles à la mer pour (re-)créer une communauté.
Il faut un village… Mais pas que pour élever des enfants. J’adore la solitude mais je n’en reste pas moins un animal social. Je n’ai pas choisi la solitude dans la création. Je pense en avoir besoin, pendant 50 à 60% du processus, peut-être plus, peut-être moins, je suis nulle en chiffres. Le reste du temps, j’ai faim du groupe, du répondant, du miroir déformant, du ping-pong cérébral, de la créativité commune et joyeuse, des frottements, des grincements… Un grand sage m’a toujours dit: avoir du talent, c’est savoir s’entourer. Je suis d’accord. Et je peine à cet exercice. C’est dur, pour tant de raisons… Liées à moi, mon fonctionnement, mon rapport aux autres et à l’Autre. Et liées également aux autres, tout simplement.
J’essaie, je trébuche, beaucoup.
C’est en se plantant qu’on finit par pousser. Certes. Mais où êtes-vous, mes co-jardinières? Qui viendra m’arroser? Enlever les quelques adventices qui peu à peu m’étouffent? Me chanter une chanson, planter un petit tuteur pour que je ne penche pas trop?
La permaculture, c’est 80% d’observation.
Et bien c’est bon, là, j’ai assez observé.
J’ai besoin de mes plantes-compagnes, de mes cultures associées.
Qui viendra s’épanouir avec moi dans la friche des possibles?